
Alfred Stieglitz - Equivalent - 1930- (photo)
Ciel
Voilà par quoi on aurait dû commencer : le ciel
Fenêtre sans rebord, sans feuillure, sans vitres.
Ouverture et rien d’autre,
mais ouverte largement
Nul besoin d’attendre une nuit sans nuages,
ni de lever la tête
pour regarder le ciel.
Je l’ai derrière mon dos, sous ma main, mes paupières.
Le ciel m’enveloppe fermement,
me soulève.
Les montagnes les plus hautes
ne sont pas plus près du ciel
que les vallées les plus profondes.
Pas un endroit où il y en aurait davantage
que dans un autre endroit.
Un nuage est aussi lourdement
écrasé par le ciel qu’une tombe.
Une taupe n’est pas plus au septième
qu’un hibou qui agite ses ailes.
Une chose qui tombe dans le vide
tombe du ciel dans le ciel.
Fluides, liquides, rocheuses
enflammées et aériennes
étendues du ciel, miettes du ciel
ciel qui souffle et ciel qui s’entasse.
Le ciel est partout
jusqu’aux ténèbres sous la peau.
Je mange du ciel, j’évacue du ciel.
Je suis piégé piégé,
habitant habité,
embrasseur embrassé,
question en réponse à question.
Le diviser en Ciel et Terre
n’est pas la façon idoine
d’appréhender ce Tout.
Ça permet juste de survivre
à une adresse plus précise,
plus facile à trouver,
si jamais on me recherche.
Mes traits particuliers :
admiration et désespoir.
Wislawa Szymborska, De la Mort sans exagérer, traduit du polonais par Piotr Kaminski, Poésie Fayard, 1996, pp. 108 et 109
Florence Trocmé qui a créé et qui anime le site Poézibao, a publié aujourd'hui ce poème de la poétesse polonaise
Wislawa Szymborska, décédée ce 1er février à Cracovie. Elle avait reçu le prix Nobel en 1999.
Florence Trocmé signale
un article dans l'Express et un autre dans
le Point .
Je joins un petit film (en anglais) dans lequel on apprend en quelles circonstances douloureuses, la mort prochaine de sa mère,
Alfred Stieglitz commença de porter son regard vers des choses lointaines comme les nuages. La contemplation du lointain pour le détourner des difficultés proches. Il était également assez fasciné par leur puissance suggestive. Il nomma cette série de photographies du ciel, des nuages ,
Equivalents (1930 - 31).
Disons que je partage avec ce dernier le plaisir de regarder vers le haut : les nuages, mais aussi le ciel car j'habite une région où le ciel n'est pas quotidiennement traversé de nuages ... leur relative rareté n'est sans doute pas étrangère à l'intérêt que je leur porte...
Je devais avoir neuf ans, au printemps, nous avions fait avec mes parents un long voyage en voiture pour aller rendre visite à un frère de mon père qui habitait près d'Orléans. Un après midi, alors que nous roulions en voiture pour aller visiter un de ces châteaux de la Loire, sur une route de campagne assez dégagée, j'ai aperçu dans les nuages un phénomène que je n'avais alors observé que dans les ciels des tableaux des églises, et que j'ai aussitôt nommé, la lumière de Dieu. Des rayons de lumière filtraient à travers les nuages, j'en étais éblouie, je ne pensais pas que cela pouvait exister dans la réalité, je croyais que ce n'était qu'une représentation inventée par les artistes pour suggérer la puissance divine. Je n'avais jamais remarqué ce phénomène naturel jusqu'à ce jour là et de prime abord, je ne savais pas quoi en penser. Quel mystère me révélait-il? Que fallait-il comprendre?
Voilà peut-être ce qui, depuis longtemps, me tient le nez en l'air, je suis très attentive au ciel, je me dis qu'il y a peut-être bien encore quelque chose d'inédit, d'un peu semblable à cette
révélation, à y
attendre et dont j'ignore l'existence. Ce n'est pas parce que je ne le sais pas que cela n'existe pas...
Avec la poétesse Wislawa Szymborska, on l'aura compris, c'est la contemplation du ciel, de l'air, qui m'a semblé assez proche d'
un travail que j'ai réalisé l'an dernier, sur l'air... et pour lequel j'ai beaucoup songé au ciel et à une manière de m'en approcher en peinture.