mercredi 15 février 2017

Un article dans la Provence / expo FAIS MOI UN SIGNE / Perspectives

Un article de Manu Gros dans la Provence du 12 février dernier, au sujet de l'expo au Musée de l'Archevêché.


lundi 13 février 2017

Duke Garwood, "Disco lights"


" Disco lights" de Duke Garwood, sur l'album Heavy Love sorti en 2015.

The Afghan Whigs, Regret

Un morceau entendu sur l'album bonus de l'album BLACK LOVE, réédité pour les 20 ans de la sortie de Black Love (1996), des Afghan Whigs. "Regret" est une reprise de New Order, au piano. L'album anniversaire est sorti en novembre 2016, il est sublime!

The Afghan Whigs, "Faded", album Black love


"Faded", ultime titre de l'album Black Love des Afghan Whigs, sorti en 1996

dimanche 12 février 2017

Un article de Michel Morin à propos de l'exposition FAIS MOI UN SIGNE

Michel Morin nous a fait l'amitié d'écrire ses impressions au fil d'un parcours de l'exposition du Musée de l'Archevêché. Il m'autorise à le publier ici: 



Au Palais de l’Archevêché-Musée des Tapisseries : Fais–moi un signe.


              Au premier plan,  Pierre Vallauri La bonne direction possible

  Jusqu’au 19 mars le Palais de l’Archevêché accueille la nouvelle exposition d’art contemporain des Plasticiens de Perspectives. Jeudi soir avait lieu le vernissage de cette étonnante présentation. Plus de 350 personnes sont venues découvrir  les insolites rencontres qu’on pouvait faire dans la salle gothique du musée. Après avoir descendu quelques marches on se trouvait d’emblée sollicités par les  grandes affiches peintes de Raymond Galle, forêts cachant des mots disparus, exilés dans l’errance d’une mer brumeuse. On pouvait poursuivre en s’arrêtant sur l’image précieuse et discrète d’un livre brodé. Par contraste on se laissait alors attirer par un duel de signes mis en scène par deux personnages en élégants costumes de plumes pendant qu’au loin apparaissait un géant prostré en attente, signalé par une longue flèche clignotante. Un tableau invitait à la joie du partage entre un homme et une femme. Un doigt de fer pointé vers les images des agressions publicitaires dans la nuit  criait « réveillez-vous » La force nouvelle d’un ex-voto  dessinait une prière pour un regard. 
 Raymond Galle, Après les violences de la nuit
 Odile Xaxa  D'ombre
Jean-Luc Bibolini Réveillez-vous
 Lauretta Bosco et Gérard Rocherieux  Sans titre, La vie
 Jibé Assey  Le duel des signes
 Marcelle Benhamou, Ex-voto: prière pour un regard
                On pouvait aussi prendre l’autre allée  vers « ce côté- ci du monde » pour deviner l’appel des immobilisés. On s’engageait alors à questionner la gaîté d’une danse macabre ou la beauté énigmatique d’une cage à oiseaux ou à papillons appelant au chant mélancolique de John Lennon. On pouvait méditer sur  la fragilité des barques du salut en sable et en grillages. On se laissait capter par l’appel de mains sculptées emprisonnées et criant « liberté » dans le langage  des signes. Les traces ordonnées de l’encre sympathique esquissaient des partitions qui attendaient le musicien. Des livres noirs brulés  invitaient à  lire et rechercher ce que dit « fais-moi un signe. Un  kaleidoscope rassemblait l’impétuosité heureuse-malheureuse des images du temps subjectif .

Pierre Paindessous, Signe signe
              
Gilles Schneider, Ebauche d'une partition
Marie-Christine Rabier, Danse macabre

Viviane Jouvenot, Fais moi un signe



Jane Deste, ...juste un signe 



Florence Laude, Fais moi un signe


              Dans la très riche variété  des supports et des choix de la création, des œuvres en séries invitaient le visiteur à approcher la recherche dans la production artistique. Un peintre présentait 7 esquisses sur le sculpteur du Triomphe de la République, Aimé Jules Dalou. 7 tableaux de femmes sur fond noir se détachaient sur un mur blanc. Leurs yeux fixaient le spectateur et leurs mains étaient porteuses d’une carte retournée. Cette carte pouvait être identifiée dans les  arcanes du tarot de Marseille. Les 7 tableaux présentaient en transparence des images effacées de l’histoire de l’art. 21 mains illustraient avec précision le geste graphique du dessin. Quatre photographies en deux diptyques montraient la brutalité du passage de l’animal à sa consommation proprement empaquetée de plastique et ce parcours à étapes se terminait dans une cabane noire fermée où se jouait en bruits et en zapping l’expérience éprouvante et pourtant tragiquement comique  de l’invasion et de la confusion des signes.
 Cagliari, De ce côté-ci du monde Rien que l'appel
 Claude Bernus, Série 7 esquisses sur Dalou 

 Dominique Lepage, Ideal Animal 
 Méliné Seghomonian, Sequenza 
 Delphine Moniez, Sans titre
 Raphaël Morin, Le dessous des cartes
 

                Au soir du vernissage, la rencontre des signes était balisée par de jeunes acteurs en chair et en os, tous vêtus de t-shirt blanc, statufiés et porteurs de curieuses pancartes sur lesquelles était écrit « faites moi un clin d’œil », « faites moi coucou », « tirez une carte » « Frappez dans vos mains ». Ces injonctions entraînaient des réponses mimées. Les jeunes comédiens de la Compagnie d’Entraînement du Théâtre des Ateliers d’Alain Simon s’étaient fondus dans l’espace d’exposition pour mieux faire signe aux arrivants. 

Jordi et Jean-Marie Gleizes , Vidéo image et son


Laure Rivoal, série Marionnettes  


Les jeunes comédiens de la Compagnie d'entraînement du Théâtre des Ateliers d'Alain Simon (ces deux photos sont empruntées à Marie-Agnès Chaléas)


Après quelques minutes ils se rassemblèrent en levant leurs pancartes et en cortège amenèrent les visiteurs  dans l’espace de départ où après une chorégraphie collective ils disparurent pour laisser place  aux discours d’accueil de la directrice du musée Valérie Brotons et de la présidente de Perspectives Jeanine Mège. Il devint clair alors que ce vernissage n’était qu’un début. La transdisciplinarité marquant le rassemblement des plasticiens allait se prolonger jusqu’au 19 mars par de nombreux événements présentés sur des dépliants-flyers. Ces événements allient spectacles et conférences en  faisant appel à la musique, au cinéma, à l’architecture, la poésie, la choréologie, la danse, la littérature,  la linguistique.   

Michel Morin (6 février 2017)

Pour retrouver le programme des manifestations:
http://imagesentete.blogspot.fr/2017/01/fais-moi-un-signe-demandez-le-programme.html

Article Michel Morin - Photos Florence Laude et Marie-Agnès Chaléas

samedi 11 février 2017

Préface du catalogue FAIS MOI UN SIGNE, par Pierre-Jean Dessertine

Pierre-Jean Dessertine, philosophe, a fait à l'association Perspectives,  l'amitié d'accepter de préfacer le catalogue de l'exposition.  Il m'autorise à présenter son texte ci-après.



Fais-moi un signe. C’est sous cette sollicitation, ainsi formulée de manière personnelle mais indéterminée – ce « moi » pouvant être n’importe qui – que sont réunis plusieurs plasticiens pour donner à voir (mais aussi à écouter, à lire, à interagir) les œuvres qu’elle a, en chacun, suscitées.

Mais que des artistes se retrouvent pour créer et exposer sur le thème Fais-moi un signe, cela ne nous fait-il pas déjà signe sur notre époque ?


Commençons par reconnaître que nous nous sentons personnellement impliqués dans ce « moi » qui réclame un signe. Or le « nous » ici sujet embrasse la condition humaine contemporaine très commune de vie dans un environnement artificialisé saturé de signes : profusion des messages publicitaires et de propagande, multiples objets dont autrui expose la possession, mise en scène des corps dans l’espace public, omniprésence des écrans qui adressent à nos consciences un flux concentré, et le plus continu possible, de signes.

De quel signe manquerions-nous donc ?

Ne faut-il pas rapporter la résonance intime de la demande Fais-moi un signe à notre empathie humaine pour l’autre qui est en détresse du fait de l’injustice exacerbée d’un monde qui est prioritairement ordonné pour que prospèrent les flux de marchandises ?

"Tea-Bag resta longtemps ainsi sans bouger, assise sur le lit de camp, les pieds par terre, le temps que la force se présente et l'emplisse, la force de traverser une journée de plus dans ce camp rempli de gens obligés de nier leur identité et qui passaient leur temps à guetter, contre toute évidence, un signe qu'ils étaient les bienvenus quelque part dans le monde." (Henning Mankell, Tea-Bag, 2007)

Fais-moi un signe. Le signe à faire serait de bienvenue : bienvenue parmi nous au sans nom pour qu’il retrouve son nom qui le fait reconnaître pour ce qu’il est et ce qu’il peut nous apporter.

Mais au-delà de ce sentiment généreux, il se pourrait qu’il y ait un enjeu plus profond.

« Tout homme fut enveloppé d'abord dans le tissu humain, et aussitôt après dans les bras humains ; il n'a point d'expérience qui précède cette expérience de l'humain ; tel est son premier monde, non pas monde de choses, mais monde humain, monde de signes, d'où sa frêle existence dépend. » (Alain, Éléments de philosophie, 1916)

Le philosophe nous rappelle que notre première pensée de sujet humain fut dans la quête Fais-moi un signe parce que notre survie en dépendait. L’accueil physique de la mère nous donna la première compréhension d’un signe, et ce fut un signe de bienvenue dans le monde. Et c’est à partir de ce signe inaugural que s’est développée notre capacité de faire signe et de saisir des significations.

Le signe humain – il y a beaucoup de signes non humains très utiles par ailleurs – est fondamentalement de bienvenue, c’est pourquoi il implique toujours la reconnaissance de la singularité d’autrui, et c’est pourquoi aussi il lui apporte de la joie, ce qui signifie, nous montre Spinoza, qu’il lui donne plus de « puissance d’agir » dans le monde.

Fais-moi un signe. N’aurions-nous pas, dans le monde tel qu’il est et devient, en notre impuissance à avoir prise sur lui pour en modifier le cours, un criant besoin de signes de bienvenue ?

Qui peut répondre ? Dans « bienvenue » il y a le mot « bien », ce qui signifie que le signe sollicité peut venir de quiconque a quelque chose à nous dire sur le bien que peut apporter ce monde en lequel nous sommes invités à prendre part. Que soit évoquée ici la place éminente que peut prendre l’œuvre artistique. L’œuvre artistique est un signe. Mais c’est un signe symbolique, c’est-à-dire qu’il met en scène un aspect de la condition humaine en touchant la sensibilité de telle manière que sa signification se déploie dans la résonance infinie des imaginaires de chacun. L’œuvre d’art est entre toutes précieuse car elle permet d’ouvrir ses désirs les plus intimes sur la pensée d’un bien universellement partagé.

C’est pourquoi, puisque c’est aussi notre quête, nous pouvons accueillir les œuvres exposées comme autant de réponses à la demande-thème Fais-moi un signe.

Et, effectivement, nous retrouverons dans ces œuvres les différentes dimensions que nous avons évoquées – l’ambivalence du signe, humain ou non-humain, proliférant ou rare – la condition propre de l’homme contemporain, errant sans nom ou dévastateur anonyme de la biosphère – la possibilité du signe sollicité, comme lorsque notre petite puissance d’agir peut engendrer de grands effets ou comme lorsque la reconnaissance d’autrui franchit l’obstacle du masque.

Ces remarques n’épuisent en rien la richesse de la vingtaine d’œuvres exposées. Car ce qui est ainsi porté à la flamme de notre sensibilité brille d’éclats inédits que seul notre imaginaire peut lui renvoyer. D’autant qu’en leur mise en espace commun les œuvres elles-mêmes se font signe, et nous font signe qu’elles se font signe.

De leur fréquentation on peut sortir en se sentant un peu plus bienvenu(e) dans le monde, ce qui est d’ailleurs le bien que l’on peut attendre de toute œuvre d’art. Mais par la dimension réflexive de son thème Fais-moi un signe – puisque l’œuvre d’art est elle-même un signe humain – cette exposition peut aussi nous apporter une nouvelle lucidité sur ce que sont les bons signes, ceux qui augmentent notre puissance d’agir.

C’est donc de nous sentir un peu moins impuissants concernant le monde tel qu’il est et tel qu’il devient que nous saurons être bien venu(e)s en cette exposition.



Pierre-Jean Dessertine

 On peut suivre les publications de Pierre-Jean Dessertine sur son blog: L'antisomnambulique  :