vendredi 16 mai 2014

La route du sel, Ethiopie


6h49 précise l’écran de mon ordi portable. J’ai pris cette habitude de regarder mes messages dès le matin  histoire de voir  si quelque chose de nouveau est arrivé pendant la nuit, une info dont il faudra que j’accommode ma journée ou une réponse à un courrier envoyé la veille. J'ai appris à aimer le rite qui consiste à faire les gestes pour se connecter,  pour aller aux nouvelles.  Aller aux nouvelles qui viennent à moi.  Pas dupe, " le plaisir le plus solide dans cette vie est le vain plaisir des illusions", écrit Giacomo Leopardi.  On attend rarement une surprise  et pourtant on l’espère, surtout qui nous inspire, surtout qui nous  transporte dans un ailleurs avec la grâce des papillons.  Sept photos  et quelques lignes de Florence qui vit cette année en Ethiopie.  Elle parle de la route du sel dont le point de départ se situe dans  de la dépression  du Danakil, entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Peu de chance de trouver un papillon vivant,  dans ce pays rongé par le sel, mais l'étrangeté des formes colorées est merveille. 

Quelques mots à peine de Florence, pour accompagner l'envoi. 

"Quelques photos du pays où je vis, prises en février dernier à la frontière avec l'Erythrée. Dans la dépression du Danakil, à -100 m sous le niveau de la mer, la chaleur est extrême et les paysages étonnants, volcaniques et colorés ou bien blanc étincelant.
Des hommes inlassablement cassent l'épaisse croûte de sel, transportée à des kilomètres de là sur le dos des ânes et des chameaux."
 Ces quelques mots suffisent. Les explications pour donner du sens, tout juste.  Ce qui me paraît surnaturel n'a pas besoin de mots qui cherchent à l'expliquer. Hors de ma réalité et du quotidien que je m'apprête à vivre à 6h49, ce matin, je laisse flotter les images et je les prends telles quelles. Que ce soit du sel, qu'il soit source de commerce, donne sens à la vie de ces hommes ( un sens probablement infernal pour gagner  tout juste de quoi survivre) n'est pas forcément utile dans l'instant où quelque chose de terriblement esthétique me surprend et me happe. Regard en surface.








Toutes les photos sont de Florence V.
Je l'en remercie.  

Post-scriptum:  une lettre reçue plus récemment, me semble intéressante à intégrer dans le corps de cet article.  Florence y précise certains points, éclaire ses conditions de vie et surtout, la précarité des ouvriers et la fin programmée des caravanes.  


"J'aurais pu écrire un peu plus à propos de ces photos, mais bon, je fais tout dans l'urgence, le temps de connexion étant toujours insuffisant.  J'aurais pu aussi essayer de t'en envoyer d'autres pour que tu choisisses.  Bref, c'est très bien comme çà.
Ce qu'il faut que tu saches, c'est que ces sublimes caravanes de chameaux à l'allure altière et au pas régulier n'existeront bientôt plus dans ce coin d'Ethiopie.  Elles seront sous peu remplacées par des camions qui transporteront le sel.  En effet, une énorme route est en construction en plein désert.  Elle desservira des mines de potasse qui sont sur le point d'être exploitées exactement à cet endroit. La vie de la région, de la nature et de les homme va en être bouleversée très prochainement.
J'ai une fois de plus beaucoup de chance de pouvoir profiter de ce spectacle extraordinaire, des chameaux et des chameaux par centaines sillonnant étendues arides et montagnes, des hommes qui vivent dans un bout du monde aux conditions extrêmes et cette si précieuse denrée marchande que représente le sel.  Je ne sais pas si on voit bien sur les photos, ils le taillent selon des pavés aux dimensions précises puis en chargent les bêtes. 
Il y a dans cette même région, un volcan en activité, paraît-il magnifique, mais l'ambassade de France nous interdit d'y aller; déjà se rendre jusqu'au Dallol où j'ai pris ces photos comporte quelques risques, c'est une région frontalière de l'Erythée avec laquelle l'Ethiopie n'entretient plus aucune relation depuis le conflit des années fin 90, habitée par l'ethnie Afar qui n'est pas connue pour être tendre et conciliante.
Il faut que je quitte le cyber où l'on tape tous en rang d'oignons sur nos claviers, sur fond de suave musique éthiopienne...J'adore". ( Florence V. - mai 2014)


Précédents articles sur des photos de Florence V.,
Mozambique:
 http://imagesentete.blogspot.fr/2013/11/devantures-photos-mozambique.html
Paysages du Cameroun:
 http://imagesentete.blogspot.fr/2013/08/paysages-du-cameroun-photos-et.html


2 commentaires:

pierre vallauri a dit…

Florence serait-il un prénom "particulier" porté par des personnes qui avec des mots posés ici ou là, des images saisies ici ou là, nous éveillent à la beauté du monde même dans les lieux les plus difficiles à (sur)vivre? Dans le même ordre d'idée, il faut aller sur les sites qui rapportent les conditions infernales des porteurs de soufre récolté sur les pentes du volcan (l'enfer justement!) indonésien Kawah Idjen à Java.

flo a dit…

Je n'ai pas de réponse ...
Toutefois, merci, Pierre!