mercredi 17 novembre 2010

le sambuc - la cride


On peut se laisser berner par le grand bleu du ciel et ne pas se méfier de la possibilité d'un vent sournois qui profiterait du découvert de la plaine pour vous faire comprendre sa nature de mistral , son intention de vous freiner par une attaque frontale et d'épuiser vos forces. J'avais décidé pour cette sortie en vélo de prendre la route de Vauvenargues et, à la sortie du village, de bifurquer à gauche vers le col du Sambuc, puis de basculer sur Jouques et de rentrer tranquillement par la plaine de Pertuis avec comme dernière difficulté, le petit col de la Cride.

Les jambes un peu lourdes, je m'appliquai sur l'échauffement, ne pas partir trop fort, pour être à l'aise dans les cols. J'aime faire le col du Sambuc, le revêtement très granuleux est peu roulant. La route est un boyau qui se faufile entre des parois calcaires. La végétation de chênes barbus de lichens plus clairs que le feuillage luisant rappelle la végétation originelle de la Provence , laisse penser que cette combe étroite a dû être un véritable coupe gorge, repère de brigands de grands chemins. Il n'est pas rare, pendant la saison de la chasse, c'est-à-dire en ce moment, d'y voir des hommes armés, postés sur les hauteurs de part et d'autre de la route, malgré tout intimidants. On se dit qu'on les dérange, forcément, et que s'il venait à l'un ou l'autre un coup de sang, on prendrait facilement du plomb.

A la sortie de Vauvenargues , il faut laisser la route qui part tout droit vers le col des Claps et le col des Portes et prendre à gauche le vallon des Masques. La route démarre sur un fort pourcentage mais retrouve rapidement une pente plus douce qui permet de se caler sur un bon rythme. Le col est en deux étapes. Au lieu précis où la piste pédestre, ancien chemin de transhumance d'Arles au Jura qui suit la vallée de Vauvenargues sur son flanc droit débouche sur la route, la combe s'ouvre sur quelques parcelles cultivées, avant de repartir, plus resserrée et plus abrupte, jusqu'au col. J'étais contente de mes jambes, elles me portaient bien à présent, mais cette fois, c'était le ventre qui réclamait, beaucoup trop tôt. J'avais faim.

En arrivant à Jouques le mistral cognait de face. De quoi laisser des forces dans la grande plaine de la Durance où le vent du nord a toute liberté de se payer un bon galop. Le mistral en demandait , il aiguisait ma faim mais les jambes répondaient bien et je n'avais pas envie de m'arrêter, ni de couper le rythme, plutôt bon. Je décidai que cette sensation de faim était sans fondement et je passai Jouques, Peyrolles et Le puy-Sainte-Réparade. Je me hâtai même, comme le cheval qui connaît l'écurie.


Dans la foulée, la montée du petit col de la Cride, bien ramassée dans ses côtes et ses lacets, ne fut pas glorieuse. Je râlais intérieurement d'être contrainte à capituler, de finir la boucle dans cet état. Je le connais bien pourtant cette côte de La Cride, c'est mon tour pour les jours où le temps est compté. Je pourrais la faire quelle que soit ma forme, par habitude !

Pas de fatigue, juste la faim, le besoin de sucre, l'épuisement qui arrive d'un coup, coupe les jambes. Je finis à la ramasse. Une nécessité en impose à ma volonté, manger !

14 commentaires:

pierre vallauri a dit…

je te reconnais bien là! cette lecture donne envie d'"enfourcher" la journée comme tu le fais (avec cette étonnante détermination!)pour une virée à vélo dont je connais bien la longueur, la rudesse mais aussi la beauté... pour l'avoir fait plus modestement avec mon auto mobile.Je dissocie ce mot car chez toi la mobilité est tout autre : il y a les jambes, indsipensables et le sucre: j'en avais à la maison et j'habite Jouques!
Ce que tu dis des chasseurs m'inquiéte aussi.Peu de balles se perdent, certes! mais les sangliers sont imprévisibles et peuvent venir à ta rencontre sans que tu y prennes garde...Mais que vais-je imaginer?

flo a dit…

Comme tu le vois je suis parfois victime de ma détermination ...

Une histoire de vélo et de sangliers j'en ai une ! Comment on résout en un instant un problème de mathématique équivalent à : deux trains partis , l'un de X, l'autre de Y et roulant à XX km/h(....) où vont-ils se croiser ? Mon problème était une variante : quelle vitesse adopter pour NE PAS se croiser !

Un tour en vélo, c'est toujours une aventure, il y a toujours quelque chose à raconter ... et beaucoup, beaucoup de sensations ! Il est clair que je roule pour le plaisir d'être dans la nature et je pourrais écrire : Les rêveries du cycliste solitaire (parfois ...)

Merci pour ton commentaire, Pierre et à tout à l'heure !
bises

Alberto a dit…

La fringale, c'est terrible! Il faut toujours avoir une pâte de fruit sur soi ou une dose d'EPO au cas où... Sinon c'est plus d'essence!Et le vent apparemment n'arrange pas les choses!

flo a dit…

Je n'aime pas les pâtes de fruit. L'EPO, je le réserve pour les courses.
Quant à l'essence, je n'ai jamais essayé !!! D'amour et d'eau fraîche, ça j'ai testé...

flo a dit…

... and it is great !

Anonyme a dit…

Coucou
superbe récit , déjà ancien!

J attends avec impatience quelques images et commentaires concernant ta virée parisienne!
la bise
emmanuèle

flo a dit…

voilà, c'est écrit pour Basquiat. Sophie Calle est en travaux (c'est son lot, vu l'endroit où elle s'expose !)
Parfois on appartient davantage à ses obligations qu'à soi-même!
Le texte sur Basquiat laisse peu de place au personnel. Pour Sophie Calle ce sera, je crois, différent.
merci pour ta visite ici
et heureuse de la rencontre parisienne (je ne trouve pas d'autre mot ici, c'est beaucoup + que ça)
flo

Arcimboldo a dit…

J'y pense : il n'y a pas eu encore de grand artiste du vélo... oui, Duchamp, mais c'est un peu figé comme représentation...

flo a dit…

ça te tente, Arcivelo?
je connaissais l'as du vélo... reste à inventer l'art du vélo !
Tu oublies Picasso et son taureau ! (selle + guidon)

La défriche a dit…

Il paraît que Vlamink (le fauve) était très fort à vélo et faisait des courses le dimanche pour gagner un peu d'argent...

flo a dit…

je l'ignorais !!! voici un commentaire trouvé sur un site:
"Né d'un père flamand tailleur puis professeur de musique, Maurice Vlaminck est un parfait autodidacte. Passionné de vélo, de musique et d'écriture, il est tour à tour cycliste professionnel, ouvrier dans un atelier de vélos, contrebassiste et écrivain.
Sa rencontre extraordinaire avec Derain lors d'un accident de chemin de fer et la découverte des oeuvres de Van Gogh à la galerie Bernheim-Jeune vont faire naitre en lui la vocation de peintre.

On peut voir dans la débauche de couleur des toiles de Vlaminck un plaisir physique à étaler les couleurs. "

si j'avais été l'audacieux rédacteur de cet article, vu la "bêtise" de la dernière phrase, je n'aurais pas perdu grand chose à risquer : " on peut voir dans la débauche de couleurs ... un plaisir physique à pédaler les couleurs"... ça aurait donné un sens poétique à la chute (de vélo)!

flo a dit…

vue !!!! sorry

JMP a dit…

Ahhhhhhh, 13 commentaires! Mais c'est un record, ça?!

flo a dit…

j'allais répondre c'est encourageant, mais prise d'un doute j'ai vérifié :7 messages sont de myself !
Mais je persiste: l'aventure de ce blog est positive, so far
Merci à toi et aux autres