lundi 9 avril 2012

louise lefort, rencontres du 9ème art, aix


Suite des investigations du côté des  expositions  proposées dans le cadre des rencontres du 9ème art.  Cet après midi, rencontre avec l'artiste Louise Lefort qui vient d’obtenir son diplôme de fin de cinquième année à l’Ecole des Beaux-Arts d’Aix en Provence.  Elle a exposé à la galerie Susini il y a deux semaines et, jusqu’au 15 avril,  rue Emile Tavan. 
 
Dessinatrice inspirée par la bande  dessinée,  elle travaille en noir et blanc, au crayon, au fusain et à l’encre,  au pinceau ou à la plume sur de très grands formats de papier aquarelle.  Son univers est intérieur, elle peint de mémoire, des personnages plutôt âgés, plutôt abîmés par la vie et pas très beaux (c’est une volonté, Louise Lefort dit être plutôt attirée par des personnes qui ne sont pas spécialement "belles").  Elle exprime la solitude (même à deux) de la vie quotidienne. 
Elle n’a pas réalisé de bande dessinée, ni publié de livres, mais elle illustre des articles et des textes, à l’occasion.  
A peine sortie de l’école et son diplôme en poche, elle se définit  comme dessinatrice et artiste, ayant un parcours d’étude différent de celui des dessinateurs de bande dessinée, même si son univers y fait  énormément référence.  Elle vient de passer trois mois à Prague dans le cadre des échanges Erasmus et  envisage de poursuivre sa pratique artistique et  d’exposer régulièrement; mais, pour gagner sa vie elle pratique le métier de tatoueuse, « parce qu’elle ne dessine pas trop mal ». 
 Les six derniers mois ont été, pour elle,  très denses en rencontres et en projets.  Elle a été conviée à  quatre expositions  qui lui ont mangé pas mal d’énergie, mais qui la placent dans une dynamique prometteuse qu’elle souhaite développer, à une cadence plus raisonnable pour ne pas créer dans l’urgence, mais prendre le temps   d’explorer  l’univers du dessin qu’elle affectionne.  

 Elle illustre à sa manière la tendance actuelle des dessinateurs inspirés par la bande dessinée, mais aussi par l'art contemporain, qui n'entendent pas limiter leur pratique à la bande dessinée, c'est à dire un dessin simplement illustratif d'un récit.  A propos de l'école des Beaux-Arts d'Aix où elle a choisi de faire ses études,  et qui pendant une bonne décennie s'était spécialisée dans les nouvelles technologies, elle a expliqué que c'est à la demande des élèves attirés par des pratiques plus traditionnelles, que l'école s'est à nouveau rapprochée de ces enseignements plus "classiques", voire académiques.
Elle s’est installée à Aubagne,  et, si tout se passe au mieux, nous aurons  l’occasion de la revoir au musée Artéum lors d’une prochaine exposition de dessins.  
On peut  rendre visite à son site pour découvrir les autres chemins  qu'elle a parcourus ...



exposition des photos d'olivier amsellem et julien oppenheim


La galerie 200rd10 de Caty et Raymond Galle organise une exposition de photographies d'Olivier Amsellem et Julien Oppenheim

exposition du 15 avril au 6 mai 2012
tous les jours de 16h à 19h
sauf les lundis et mardis
et sur rendez-vous au 04 42 24 98 63

Vernissage samedi 14 avril à partir de 18h30

200 rd10 - Les Lamberts
13126 Vauvenargues

samedi 7 avril 2012

étranges impressions, galerie vincent bercker


Etranges impressions, Galerie Vincent Bercker 
 Rencontres du 9ème art à Aix-en-Provence
Du 21 mars au 28 avril 2012
Les rencontres du 9ème d’art ont débuté  fin mars et je commence à sillonner la ville d’exposition en exposition, le weekend dédicaces des 13, 14 et 15 avril approche...
 J’ai eu l’occasion de mentionner l’exposition des dessins de Frédéric Pajak dans la galerie d’AlainPaire.  Ce matin, c’est dans la galerie de Vincent Bercker, 10 rue Matheron, que j’ai découvert l’exposition bien nommée  étranges impressions .  Je me suis  promis d’aller  dès que possible voir les dessins de Louise Lefort à l’école Supérieure d’Art, rue Emile Tavan, me réservant, le weekend prochain, pour la performance d’Edmond Baudoin le samedi 14 et la visite guidée de l’exposition les chemins de l’eau, au Centre Aixois des Archives départementales.
Pour l’heure, c’est la visite de la Galerie Vincent Bercker que je voudrais commenter. Cette exposition est organisée en partenariat avec   la galerie nomade de Montreuil ,   Arts Factory,  spécialisée dans l’édition de sérigraphies d’artistes d’art contemporain.  Quatre artistes sont représentés  dans la galerie dont les murs, habillés de noir mat, semblent disposés comme un cabinet de curiosités affichant  l’étrange et  le  fantastique…  fils conducteurs  des quatre artistes présentés .
 Willem
Le premier artiste exposé sur le mur  gauche,   en entrant,  est bien plus « noir » qu’étrange : Bernhard Willem  travaille  régulièrement pour libération,  il fait partie de la  bande des  soixante-huitards   qui  ont travaillé  pour Hara-Kiri  Mensuel, Charlie-Hebdo, c’est –à-dire   Wolinski , Cavanna, Gébé, Cabu, Reiser.  On voit ici  des  linogravures, tirées à l’encre noire,  présentant des scènes souvent  obscènes,  à forte visée polémique sur la guerre  et en particulier la guerre d’Algérie :  humour noir, situations sordides... ça grince !
Charles Burns
Le mur du fond est entièrement recouvert, d’une  série de portraits réalisés par Charles Burns  auteur américain qui a beaucoup travaillé  pour  les revues le  New-yorker, les Stones .  Burns ne s'est intéressé à la bande dessinée qu'après sa rencontre avec Art Spiegelman dans les années 80.  Celui-ci l'invita à participer à Raw Magazine. La série de portraits proposée par Vincent Bercker est extraite   de  Black Hole dont la production lui demanda dix années de travail.    Arts  Factory a proposé  à Burns de tirer des sérigraphies en format plus grand que l’édition d’origine et les dessins prennent vraiment  une dimension picturale  produisant sur l’ensemble du mur un damier très réussi.  
 Charles Burns, série Black Hole
Pour réaliser ces portraits, Bruns imagina  qu’une nouvelle maladie, appelée « peste ados », ou « la crève », était apparue  dans une petite ville des Etats-Unis,  causant  quelques symptômes imprévisibles, des bosses ,  des éruptions cutanées, des  apparitions de nouveaux membres qui  vinrent  soudainement changer les rapports entre les Hommes.  Burns est parti de ce que l’on appelle, aux Etats-Unis, les « Year-Books » : des albums  de photos  de classe que tous élèves  des  collèges, des lycées  et des universités fabriquent, publient et achètent chaque année, comme nous avons droit, nous aussi,  à la traditionnelle photo de classe…  Burns  a donc retrouvé les photos de ses amis de l’époque et il les a un  peu transformés  les imaginant touchés par cette « peste ».   L’ensemble est  rigoureux, très esthétique malgré les métamorphoses  des visages  et plein d’humour… car on l’aura compris, il ne faut pas beaucoup exagérer la métamorphose de l’adolescence pour  comprendre ce qui signifie cette maladie …

 Winshluss
Un troisième artiste, Winshluss  (Vincent Paronnaud), est le dessinateur du fameux Pinocchio, publié en 2008 aux Requins Marteaux, dont Vincent Bercker propose quelques planches en  sérigraphie.  Pour mémoire, Vincent Paronnaud a participé au film Persépolis de Marjane Satrapi en 2007. 

Killoffer
Le quatrième artiste  Killoffer, co-fondateur de l’Association.  Les sérigraphies exposées  s’apparentent véritablement à de la peinture contemporaine.  Vincent Bercker fait d’ailleurs remarquer que la plupart des artistes de bande dessinée,  actuellement,  ont  une carrière d’artistes en parallèle, ils exposent en galerie.  C’est une  discussion que j’ai pu avoir avec le dessinateur Kamel Khélif pour lequel je viens de publier un article. C’est aussi un thème qui a été mis en débat lors du dernier festival d’Angoulême et dont j’ai retrouvé une trace sur le lien suivant intitulé le coup de pinceau des dessinateurs de BD : http://www.francetv.fr/info/a-angouleme-le-coup-de-pinceau-des-dessinateurs-de-bd_38001.html.
 Peut-être est-ce le signe que l’invention et la recherche en matière de créativité sont toujours bien portantes parmi le jeune (et parfois moins jeune) vivier des auteurs illustrateurs de bande dessinée.
Les œuvres, des sérigraphies pour la plupart,  sont à la vente ...

Galerie Vincent Bercker, 
ouverte du mercredi au vendredi 15h-19h
samedi 10h-12h30 et 15h-19h
10 rue Matheron
04 42 21 46 84

mardi 3 avril 2012

dimanche 1 avril 2012

rencontre avec Kamel Khélif

Début  janvier je rencontrais Kamel Khélif dans son appartement  marseillais, dans une rue  proche du cours Lieutaud, nous avons parlé  de  la bande dessinée  qu’il pratique, où la place accordée au dessin, à la peinture, à la poésie et à l’imaginaire le range parmi les auteurs-dessinateurs rares  qui font un travail de plasticien  et sont édités, le plus souvent,  par de petits  éditeurs indépendants (le petit, ici , n’a rien de péjoratif, il informe d’une réalité quant  aux moyens dont disposent ces éditeurs, ainsi que ce qu’ils représentent en parts par marché.  Côté production, les petits éditeurs, paradoxalement, prennent beaucoup plus de risques , avec des productions moins standardisées) .  Je voulais aussi lui demander  comment  il envisage le présent, puisqu’il faut  le dire,  pour des artistes comme lui l’espace éditorial s’est  restreint, du moins est-ce son sentiment.  
 Une sérigraphie extraite de Dante et le sommeil de Pierre, Nabile Farès, Kamel Khélif

Son éditeur  Amok, chez qui il publiait, Cité Bassens, traverse du mazout,  en 1997,  Les exilés, histoires, avec Nabile Farès, en 1999, La Petite arabe qui aimait la chaise de Van Gogh , toujours avec Nabile Farès pour le texte en  2002,  a  fusionné avec les éditions Fréon  créant Frémok  (FRMK),  où  il  a publié,  en tant qu’auteur –illustrateur,  Ce pays qui est le vôtre, en  2003.
Avant cela,  Kamel Khélif avait  publié Homicide, avec Amine Medjoub, en 1995 et Le Prophète de Khalil Gibran, également en 1995, chez Z’éditions, et puis,   Dante et le sommeil de Pierre, avec Nabile Farès  à L’école d’art d’Aix-en-Provence . Il est aussi intervenu dans La mort du peintre d’Edmond Baudoin, publié chez 6 pieds sous terre, en 2004.
Tout cela est revenu, au cours de la discussion, mais c’est d’abord  des dessins qu’il réalise actuellement, qu’il garde  dans de grands porte-vues, des peintures d’environ 50 X 60 cm, aux bruns chaleureux que nous avons regardés et dont nous avons parlé.
Kamel, dans les dessins que tu montres, on voit souvent des figurations d’espaces incertains qui tiennent à la fois du paysage avec jardins fleuris de dentelles, d’ espaces intérieurs où sont de  larges armoires, des encadrements de portes, des femmes nues telles des odalisques prenant  parfois des poses  lascives, des couples d’amants, des hommes, une femme assise tenant une guitare entre ses jambes.  Est-ce que tu suis un projet particulier, une aventure intérieure ?

(Rires) Non, c’est « inspiration, inspiration »…Je vais commencer une suite de dessins de plus petits formats,  en noir et blanc, pour rejoindre ce que je faisais avant (il fait allusion à l’époque où il dessinait Ce pays qui est le vôtre) car la peinture se perd dans les grands formats comme ceux-ci, elle ne se dilue pas de la même façon.  Le papier que j’utilise est recouvert d’une fine couche de peinture, ce qui me permet de peindre  à l’huile, une huile très diluée sur laquelle je reviens avec du White Spirit pour faire des taches. Je mélange des couleurs d’ocre et de marron auxquelles j’ajoute un peu d’or pour donner un aspect satiné  à  la matière.
 Pour les sujets de mes dessins, il ne faut pas trop chercher ce que cela représente,  des personnages, une fenêtre ouverte sur l’étrange,  un arbre, un homme qui apparaît dans l’ouverture d’une porte ceinte d’un liseré bleu…  Lorsqu’un dessin est achevé, j’oublie le sens qu’il avait pour moi au moment où je le créais. Je ne cherche pas à coller à l’actualité, pourtant quelquefois, on peut interpréter certains éléments, comme les ossements, les crânes, ils peuvent  faire écho  à tous ces dictateurs arabes qui  sont tombés, aux meurtres qu’ils ont perpétrés, mais c’est seulement suggéré, on peut  en faire de multiples lectures,  les éléments  présents étant bien souvent des prétextes à dessiner,  je suis à la recherche de l’étrange, du poétique et de l’imaginaire, même si le politique et le social sont sous-jacents.

 Kamel Khélif feuillette Comics 2000 publié par l'Association. Chaque auteur avait une quinzaine de pages pour dessiner une histoire muette, pour pallier les difficultés de traduction. Ici, nous voyons le projet de Frédéric Pajak.  Kamel Khélif a également participé à cette BD collective. 

Veux-tu dire que tu t’orientes maintenant vers le dessin, la peinture et que tu délaisses la bande dessinée ?

Il y a dix quinze ans il était plus facile pour un dessinateur de bande dessinée  qui s’orientait vers une  recherche picturale de peintre, qui proposait une approche poétisée de la réalité, de se faire éditer.  Je trouve que l’espace pour des gens comme moi s’est extrêmement restreint. Un livre comme La jeune fille et la mort , ne pourrait pratiquement  pas  émerger aujourd’hui.  Il en est de même pour Ce pays que est le vôtre, publié en 2003, qui,  à l’époque,  avait été classé par certains journalistes de  BD parmi les vingt meilleurs albums des années 2000 et qui m’avait même valu d’être invité à l’émission de Philippe Lefait, Les Mots de Minuit .  
 Le problème est autant du côté des éditeurs indépendants qui ont du mal à survivre, que du côté de la  rémunération des artistes qui  publient chez ces mêmes  petits éditeurs.  Les droits d’auteur sont d’un montant très faible  (le prix d’un  ou deux dessins vendus en galerie) pour des mois de travail. Si j’étais comptable je laisserais tomber la BD et je ferais des  dessins, mais,  j’aime les livres !  Mon statut est bâtard, quand je fais des dessins, j’ai la nostalgie des livres, quand je fais des livres  je rêve de formats, de dessins plus libres et à cela se rajoute l’écriture.  Je suis en général plus sollicité par d’autres mondes que celui de la BD qui me semble malgré tout  toujours cantonnée aux trois catégories  des  Comics américains, de  la ligne claire européenne et  du manga  asiatique, avec  comme point commun un dessin qui n’a pas d’ambiguïté ni d’équivoque : c’est le monde représenté en plus petit, où une voiture est une voiture. 
Je suis  - avec quelques autres dessinateurs  plus plasticiens, Baudoin, Olivier Bramanti,  Raùl, Lorenzo Mattotti … -  dans une autre lecture et une autre écriture du monde, pour explorer d’autres territoires, l’âme, l’obscur etc…  Peut-être que les éditions Amok fondées en 1994 par Yvan Alagbé et Olivier Marboeuf,, chez lesquelles j’ai édité plusieurs livres qui me tiennent à cœur,  de par l’origine de ses directeurs, le premier  Béninois, le second Antillais, de par la couleur de leur peau, leurs cultures,  permettaient que l’étrange, le poétique, le social et le politique  soient traités dans la bande dessinée… ils étaient à la recherche d’auteurs aux  démarches artistiques appuyées, personnelles.   


 Un dessin en noir et blanc de Cité Bassens, traverse du mazout

Depuis les années 1990, la bande dessinée a tout de même beaucoup évolué, avec des auteurs qui eux-mêmes n’étaient pas satisfaits de se cantonner à la bande dessinée de leur enfance . Ils se sont lancés dans ce qu’ils ont appelé la « nouvelle BD »,  la bande dessinée alternative, bousculant les codes, introduisant le noir et blanc, réinventant les formats, les écritures etc…

En effet, l’Association a permis à la bande dessinée d’évoluer ;   quand (A Suivre)  a dit :   « plus d’auteur, moins de BD », le  slogan a été  repris par l’Association, pour passer d’une BD anonyme à une BD d’auteur et c’est ainsi que sont nées les BD dans lesquelles les auteurs ont parlé d’eux, les auteurs comme Edmond Baudoin, David B., Marjane Satrapi.
Mais l’Association n’aime pas,  quand même,  cette BD plasticienne.  La première fois qu’ils ont vu des expos de BD des auteurs espagnols  comme Raùl , qui tentaient des expériences graphiques  et les exposait  en tant que telles dans des galeries,  ils  ont rigolé, se demandant qu’est-ce que c’était que ces auteurs qui se prenaient pour des artistes en accrochant leurs planches sur les murs !
Aux éditions  Amok, j’avais dit à l’éditeur qu’il serait bon d’indiquer  en plus de la bibliographie des auteurs, les expositions que nous réalisions car  pour nous les deux sont importants.  Je me souviens qu’au festival d’Aix, j’avais eu une discussion avec François Boucq (c’était en 2004) qui avait réalisé l’affiche pour le festival, discussion que nous n’avons pas eu le temps de pousser très loin,  pour dire qu’il ne faut pas opposer la BD plasticienne et à l’autre BD. Toutefois cette question rejoint celle de l’histoire de l’art et la question de la figuration par le  trait qui a dominé dans l’art occidental, jusqu’à Cézanne qui a aboli le liseré, le contour et dit que la peinture doit se  faire par les taches, comme celles  que l’on voit quand on ferme les yeux.
La peinture, c’est la rencontre de la tache et du trait, métaphoriquement, c’est la rencontre de l’homme avec la femme, qui vont engendrer l’humanité.  
Or en BD, c’est quand même la ligne claire qui domine. Le rapport à la couleur est secondaire, dans la grand majorité de la production.  Elle est aujourd’hui posée par ordinateur, on remplit les espaces, c’est du coloriage, sans déborder
L’année dernière, au festival d’Aix, j’ai vu Findakly, la compagne et coloriste de Lewis Trondheim  l’accompagner et co-dédicacer l’album Ralph Azham.  Elle avait abandonné la palette graphique pour la peinture, pour cet album, signe,  peut-être  que tout le monde est en perpétuelle  recherche et que la tache (et justement il y en avait dans l’album) n’est pas oubliée ?

Alex Barbier qui était édité par Amok, a commencé à faire de la BD dans les années 70. Il est un des rares  à  avoir travaillé la couleur en direct sur la planche et non pas sur les rodoïds comme cela se pratiquait. Il avait un rapport très fort à la couleur, à la tache, une bande dessinée singulière pour l’époque.  Concernant la ligne claire et pour en revenir à l’Association et à d’autres groupes, ils ont pris le contrepied et ont  travaillé sur l’esthétique de la « ligne crasse », mais on ne sortait toujours pas de la ligne ! En BD, la référence en peinture ça reste Ingres, parce qu’il est dans l’éloge du trait. Or à cette époque, Delacroix était  plus intéressant, il était  dans la peinture, dans la matière.  

Ta dernière expérience en bande dessinée est plutôt une belle histoire, un truc inattendu, qui a commencé comme un conte de fées, quand l’actrice canadienne Mia Kirshner qui avait vu un de tes livres à Paris t’a contacté pour illustrer  l’histoire d’une jeune prostituée birmane réfugiée en Thaïlande dont elle avait acheté les droits.   Je crois que le titre de cette BD, dans la version américaine est  I live Here.  Est-ce que tu peux m’en dire davantage ?

Oui, ça a bel et bien commencé comme un conte de fées, mais les choses se sont détériorées et mon travail n’a pas été tout à fait respecté.  Le récit que j’ai illustré est le récit autobiographique d’une jeune prostituée Birmane qui travaille en Thaïlande. Mia Kirshner  (actrice que l’on a vue dans le Dahlia Noir de Brian de Palma)  m’a contacté en 2003, elle a travaillé longtemps sur le projet, parcourant divers pays pauvres, le Malawi, le Mexique, la Thaïlande, dans le but de recueillir des témoignages d’enfants maltraités, de jeunes femmes violentées et prostituées.  Le livre , I live Here,  publié chez Arcady,  se présente comme un coffret ayant l’apparence  d’un fragment de mur,   contenant quatre livres, un pour chaque pays parcouru. Quatre artistes ont été choisis, dont Joe Sacco.   Les volumes  mélangent  textes et poèmes, peintures, BD, photos.  Je devais aller en Thaïlande pour rencontrer la jeune fille, mais c’était en 2003, pendant l’épisode du Stras et j’ai renoncé à m’y rendre.  Le livre a été publié en 2008.  Ma déception a été de constater que sur les 34 planches dessinées, sur lesquelles nous nous étions pourtant mis d’accord, Mia Krishner était venue à Marseille, je lui avais montré l’intégralité du projet crayonné,  20 seulement ont été gardées et des planches, voire des cases ont été déplacées, modifiant  le livre considérablement.  Peut-être est-ce une déformation professionnelle du fait qu’elle travaille dans le cinéma où on fait et refait une scène, où le réalisateur a ou n’a pas le « final cut »… toujours est-il que je suis irrité que mon travail n’ait pas été respecté.
Une version française de mon livre a été publiée  dans  Le Tour du Monde, vol.2.  chez Delcourt.

Quels sont tes projets immédiats ?

Je dessine.  Parmi les illustrateurs d’aujourd’hui, il y a des illustrateurs jeunesse que j’aime beaucoup, leurs images sont recherchées de même que leurs dessins, c’est inventif, curieux, en recherche et j’y vois des propositions intéressantes, ce que je ne retrouve pas en BD.  Je me demande si je n’ai pas, à l’heure actuelle, davantage ma place dans un festival du livre comme celui de Montreuil, plutôt qu’au festival d’Angoulême.  Je dessine donc, et je suis en recherche d’une galerie pour y montrer mon travail de façon permanente.  J’ai peut-être trouvé un lieu dans la Galerie Béatrice Soulié, rue Guénégaud dans le quartier de Saint Germain des Près , mais rien n’est encore certain  alors on termine sur un point d’interrogation 

 ***

Pour  mémoire, je renvoie à deux articles au moins.  L'un, que l'on peut considérer comme un article de fond sur le travail de Kamel Khélif,  écrit par  Cyril Anton  et publié sur le site de la Galerie Alain Paire.
Un entretien d'Alain Paire et de Kamel Khélif, de 2009.  Alain Paire, que je remercie pour m'avoir facilité la rencontre avec Kamel Khélif.

Kamel Khélif est né à Alger en 1959. Ses parents et toute sa famille arrivent à Marseille en 1964. Il habite à la cité Bassens des quartiers nord pendant vingt années.
Dessinateur industriel, puis animateur de quartier, il abandonne ces métiers pour se consacrer au dessin et à la peinture.