lundi 18 décembre 2017

Fred Deux, exposition au Musée des Beaux-Arts de Lyon pour la 14ème biennale

La 14e biennale de Lyon, "Mondes Flottants", du 27 septembre au 7 janvier, expose le dessinateur surréaliste Fred Deux, pour une rétrospective de son oeuvre (au moins 230 dessins sont montrés).  A cette occasion un beau catalogue, très intéressant, est édité:  il comprend des textes autobiographiques de Fred Deux, une sélection d'oeuvres (par Pierre Wat), donnant les jalons de la progression du travail du dessinateur, "Le monde de Fred Deux", et une biographie de l'artiste qui fut inspiré dans ses débuts par Paul Klee. 
Le Monde de Fred Deux, sous la direction de Sylvie Ramond et Pierre Wat, Musée des Beaux arts de Lyon, Ed Lienart

Extrait d'un des écrits autobiographiques de Fred Deux:
"(S.D. - Avant le 10 juillet 1998)
La confession négative

Mon histoire pourrait être simple.
Elle est celle d'un homme
Sorti de lui par le dessin.
Je ne peux plus revenir sur mes pas.
J'ai cassé la porte.
De mes doigts je ne tiens que 
Crayon - bâton - plume.
Je n'ai pas fait de mal.
J'ai approché mon oeil.
J'ai vu alors le trou béant de la vie
Comme une plaie.
J'ai posé mes lèvres sur elle
Taché je fus
Simple histoire."

Un court extrait d'un film enregistré à La Châtre à l'occasion d'une exposition de Fred Deux à La Halle Saint Pierre (Paris - 2008 - 2009)

Fred Deux, dans les années cinquante fréquente  les surréalistes André Breton, Max Ernst, Hans Bellmer...  
A Marseille où il s'installe entre 1947 et 1951, il se lie avec  le collectionneur d'art africain Pierre Guerre, le poète Jean Tortel, le peintre Edgar Mélik, le poète Gérald Neveu,et Jean Ballard éditeur de la revue Les Cahiers du Sud.  
Fred Deux et sa femme Cécile Reims, artiste graveur, s'installent à la campagne, dans la maison de Corcelles au Bugey (en 1957), puis à Lacoux dans les années soixante-dix, où le couple fonde l'association du Centre d'Art Contemporain de Lacoux.  En 1973, ils déménagent à Couzat dans le Berry, enfin à La Châtre dans l'Indre en 1985.  En lien étroit avec la pratique du dessin, Fred Deux  écrit  La Gana, (Julliard, Maurice Nadeau, 1958 pour la première édition).  Toute sa vie, il écrit et enregistre des textes largement autobiographiques, d'abord sous le pseudonyme de Jean Douassot. 

Cécile de Reims, interviewée par Matthieu Chattelier pour un documentaire, Voir ce que devient l'ombre, un portrait de Cécile Reims et Fred Deux, (Moviala films et Tarmak films, 89 minutes): ici un extrait :



Le catalogue s'ouvre sur une anthologie des écrits de Fred Deux, comme je l'ai dit, les textes sont autobiographiques. Les extraits publiés dans le catalogue de la biennale sont sélectionnés par Cécile Reims. J'en copie un extrait...

"5 NOVEMBRE [1997]
[...] Je suis un homme. Brouillé et clair.  Heureux de connaître le malheur. Vorace de ma propre chair. L'ayant grattée, épurée, pour que souffrance s'ensuive. J'ai choisi le dessin pour être au plus près de la paupière du cri. J'ai tant crié et retenu tant de cris... Si, comme je l'ai cru et le crois encore , tout ce que nous faisons s'inscrit dans le sillage, du jour de notre naissance jusqu'au jour de notre mort, rien n'est inutile. Ce qui compte est que l'inutile et l'utile soient tissés ensemble et qu'en sortent, avec les mots parlés, les mots écrits, les formes poussées, les gouttes teintées de notre croyance. Le métier est toujours monté. Les fils se tendent. Quelqu'un peut lancer la navette. [...] "

J'ai vu des dessins de Fred Deux dans la galerie Chave, à Vence, en 2012 et en 2015 pour une exposition de dessins de Dado, Fred Deux, Georges Lauro et Louis Pons. Ainsi que l'exposition de  2017, Fred Deux, Max Ernst, Henri Michaux.  Lire avec intérêt  le site de la galerie Chave:


(Merci Fernando)

3 commentaires:

pierre vallauri a dit…

Florence, j'ai eu le bonheur de voir cette exposition. Si j'ai bien écouté la fin de l'interview de Fred Deux (un bonheur là aussi que de l'entendre) je retournerai encore et encore voir et revoir son travail, quand bien même il véhicule une certaine idée du malheur ou de la mort.
Paradoxalement, nous prenons conscience de la richesse de nos vies et des rencontres qu'elles nous procurent d'être amenés à connaitre de tels artistes ou de tels galeroistes comme Pierre et Madeleine Chave.

flo laude a dit…

Bonjour Pierre,
merci de poursuivre le dialogue autour des oeuvres et des émotions qu'elles donnent.
Le malheur, le bonheur, l'amour, la mort ... et bien d'autres questions existentielles, on doit faire (oeuvre) avec... ça et les obsessions. Tu fais bien d'appuyer sur l'importance de certains galeristes dans la vie des artistes et ici en particulier Madeleine et Pierre Chave.
Il faut de vrais galeristes aux artistes. Ils sont essentiels !

Voir ce que devient l'ombre a dit…

Bonjour,
le film "Voir ce que devient l'ombre" est désormais en libre accès via la plateforme vimeo de son distributeur :

https://vimeo.com/154574621

Bon visionnage !