mercredi 12 juillet 2017

"Le ciel est par-dessus le toit", Paul Verlaine




"Le Ciel est par-dessus le toit", Sagesse, Paul Verlaine, 1881

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme!
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit,
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
- Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse
?

Poème écrit pendant son incarcération à la prison de Mons (Belgique) où Verlaine purgea une peine de deux ans à la suite du coup de feu tiré sur Rimbaud le 10 juillet 1873; mais le chef d'accusation retenu, Rimbaud ayant retiré sa plainte,  était  surtout son homosexualité.  Il y occupa la cellule 252  à partir d'octobre 1873, il en sortit en 1875.

Je viens de terminer un essai de Stefan Sweig intitulé Paul Verlaine, écrit en 1904, j'en cite un passage : " [...] nul ne s'est montré aussi faible face au poids du destin. Toute sa vertu poétique réside dans l'inversion de la grandeur, elle est faiblesse.  Comme il ne savait se réfréner, il lui restait la plainte, comme il ne pouvait donner forme à l'événement, celui-ci scintille dans son oeuvre d'une beauté nue, indomptée, de toute la beauté de l'humain et du divin. Ainsi a-t-il produit une poésie des origines, pure expression de l'humanité, simplicité de la plainte, humilité, balbutiement, colère et reproche, sonorités primitives sous une forme sublime, les pleurs silencieux de l'enfant battu, l'appel craintif de l'égaré, le tendre cri de l'oiseau solitaire dans la lumière déclinante du soir. D'autres poètes ont revêtu des habits plus variés: celui du crieur, dont le cor sonore rassemble tous ceux qui  marchent sur les chemins, celui du magicien tisseur de sons qui fait entendre le bruissement des feuilles, le sifflement des vents et le pétillement des eaux, celui du maître qui ramasse toute la sagesse de l'existence en maximes obscures. Lui en revanche, n'avait que les habits du faible, qui a besoin des autres, les habits du mendiant. Mais il sait leur donner une merveilleuse diversité d'accents et de nuances: le geignement du faible, qui parfois évoque la torpeur égarée et nostalgique de l'homme ivre; les sonorités flûtées des aspirations vagues et mélancoliques; mais aussi le martèlement brutal, accusateur des poings qui cognent la poitrine, le fouet expiatoire du flagellant et les ferventes prières de gratitude que les pauvres femmes marmonnent sur les marches de l'église. [...] Verlaine, lui, était le bon enfant, l'enfant qui titube, ignorant, et dont  la main ouverte recueille par jeu les poèmes qui y tombent, telles des fleurs de cerisier et des feuilles qui volètent. Il était poète, poète lyrique. Et la poésie lyrique est une pensée dénuée de logique (sans pourtant lui être contraire), une combinaison qui n'obéit pas aux lois de la raison, mais s'élabore sous la dictée, écoute le chuchotement des impressions vagues, des unions secrètes, des courants souterrains qui grondent sourdement. Elle est pensée sans suite, instinct et pressentiment, synthèse spontanée, dépourvue de lois, association et non enchaînement, mélancolie et non hiérarchie" [...]

Plus loin dans l'ouvrage, cette citation de Verlaine, en exergue d'un chapitre intitulé "Le pauvre Lélian" (anagramme de Paul Verlaine )

"J'ai la fureur d'aimer, Mon coeur si faible est fou.
N'importe quand, n'importe quel et n'importe où,
Qu'un éclair de beauté, de vertu, de vaillance
Luise, il s'y précipite, il y vole, il s'y lance,
Et le temps d'une étreinte, il embrasse cent fois
L'être ou l'objet qu'il a poursuivi de son choix;
Puis, quand l'illusion a replié son aile,
il revient triste et seul bien souvent, mais fidèle,
Et laissant aux ingrats quelque chose de lui,
Sang ou chair."

"Et le reste est littérature" (Paul Verlaine)
Paul Verlaine (1844 - 1896)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Verlaine 

2 commentaires:

Pierre Vallauri a dit…

C'est une bouffée de beauté, de fraicheur que de commencer la journée en lisant ces lignes.
J'ignorais que Stefan Xweig était aussi un exégète de Paul Verlaine.

flo laude a dit…

Merci Pierre.
Je l ignorais aussi jusqu'à il y a peu. Je suis tombée par hasard sur le livre à la librairie. Comme je me suis intéressée depuis l été dernier à la correspondance de Rimbaud et diverses autres choses, J ai vu que le livre comporte aussi un chapitre sur Rimbaud (très intéressant)... Ce sera l occasion d en parler une autre fois... Je suis toutefois étonnée que zweig ne mentionne à aucun moment le nom de Germain Nouveau qui accompagnait Verlaine et Rimbaud dans les voyages en Belgique et en Angleterre... Ce que Zweig écrit est très intéressant et conforte ce que j ai perçu à la lecture de la correspondance. Petit ouvrage par le nombre de pages, mais pertinent.
A bientôt Pierre