samedi 10 novembre 2012

PABLO 2. Apollinaire, Julie Birmant & Clément Oubrerie




PABLO  2. Apollinaire, chez Dargaud éditeur, album BD de Julie Birmant (scénario) et  Clément Oubrerie (dessins)                             
Deuxième album de la série PABLO,  paru  en septembre,  racontant du point de vue de Fernande Olivier, modèle et muse de nombreux artistes parisiens du début du XXème siècle,  sa rencontre avec Picasso (elle fut sa première compagne) et  Max Jacob  (T.1), Guillaume Apollinaire et plus tard, Léo et Gertrude Stein (T. 2).  Le bateau-lavoir (ainsi nommé par Max Jacob), le Lapin Agile, et les diverses adresses des artistes constituent les  décors du récit.  J’admire les dessins, choix d’une ligne claire pour une bonne lisibilité mais travail des couleurs tout en demi-teintes et ombres, pour donner  de la matière,  une pâte  chaleureuse à l’ensemble. Fernande est un des modèles les plus appréciés des peintres et des sculpteurs parisiens du début du siècle. Ayant fui la province, sa famille et un mari brutal auquel elle a été mariée de force, elle arrive à Paris et rencontre le sculpteur Laurent Debienne qui devient son bienfaiteur et son amant et l’initie au métier de modèle (T. 1). 
Ce deuxième tome, titré « Apollinaire », annonce la rencontre entre Pablo Picasso et Guillaume Apollinaire qui se fait en 1904. Un soir, Pablo conduit par le faux baron Mollet découvre un poète qui harangue la foule dans une taverne anglaise  du quartier de la Gare Saint-Lazare ( Apollinaire était notamment un habitué de l’Austin’s, rue d’Amsterdam et du Critérion). En 1904, le poète travaille dans une banque (en fait, il y travaille depuis 1902 et quand elle ferme, il devient rédacteur en chef du Guide du rentier, avant d’entrer dans un autre établissement financier, la banque Châteaufort et Poitevin) et vit chez sa mère au Vézinet, c’est l’époque de sa rupture avec Annie Pleyden. On reste un peu sur sa faim si on espérait suivre le parcours d’Apollinaire, mais cela est dû au point de vue narratif choisi,  celui de Fernande Olivier, plus distante avec Apollinaire qu’elle ne l’a été, on le sent, du poète Max Jacob.

Le personnage le plus touchant de ces deux albums est d’ailleurs Max Jacob.  Amoureux inconditionnel et sans espoir du peintre Picasso, ami et soutien fidèle de Fernande dans les moments difficiles, il souffre avec  jalousie des amitiés successives de Picasso pour Apollinaire ou  Léo et Gertrude Stein et plus généralement de tous  ses amis masculins.  Fernande, on le sent bien, est la seule de ses amies qu’il apprécie réellement et sans que ne pointe un sentiment de  jalousie.   On découvre un Max Jacob aux multiples facettes, drôle et bouffon dans ses  imitations, poète sensible et novateur,  clown, toxicomane, homosexuel et cartomancien, il pratique les sciences occultes pour venir en aide à ses amis et réconcilier Pablo et Fernande. Apollinaire, présenté comme l’alter ego de Picasso confirme les recherches du peintre vers un art novateur et critique, pointant comme grand rival, Henri Matisse.  A la fin du second album, Picasso fait la connaissance des collecteurs américains, les Stein.  Fasciné par la personnalité de Gertrude, il entreprend son portrait et les séances de pose se muent en longues discussions sur l’art : Pablo Ruiz est en voie de devenir Picasso …
Bien documenté et s’appuyant sur un scénario dynamique cet album comme le précédent est passionnant, seulement un peu frustrant pour ne pas en donner plus à lire au lecteur curieux  en un seul album ( 84 pages…tout de même).  Mais quand le choix est de fixer l’ambiance d’une vie au  quotidien, avec ses anecdotes et ses petites choses de l’intime (ce en quoi il réussit parfaitement), il est impossible d’avancer à grandes enjambées et même de tout dire… Un franc bravo ! 
Blog de Clément Oubrerie, pour y retrouver son actualité et ses autres publications :
http://www.oubrerie.net/
Et puis, un message que j'avais publié en janvier 2012, à la sortie du T.1: ici
Double page de dessins de Pablo Picasso, portraits d'Apollinaire.   Album Pléiade "Apollinaire" p. 96 - 97 (Merci à M. - alias Pretty dark curls - pour le prêt de ces documents )

2 commentaires:

Max a dit…

Le portrait de Guillaume par Pablo est magnifique.

flo a dit…

Entièrement d'accord!
Dans la BD, le dessin à charge, "Guillaume tête en poire" est repris par C. Oubrerie...