samedi 15 décembre 2018

"L'Océan", Fred Nevché


"L'Océan", Fred Nevché, album Valdevaqueros, (2018) chez Internexterne.

dimanche 9 décembre 2018

Claude HOPIL, poète du XVIIe siècle

A l'occasion de la soutenance de thèse d'un collègue et ami, j'ai découvert ce poète français né vers 1580 et mort après 1633.  Peu connu, il participe cependant au renouveau de la poésie mystique française, comme un autre auteur dont il a été question, Pierre de Bérulle.  A la lecture de ses vers on reconnaît un poète baroque, marqué par les thèmes de l'impermanence, du clair et de l'obscur (l'ombre et la lumière), du visible et de l'invisible en miroir avec le caché et le révélé.  Poète d'inspiration exclusivement spirituelle, en quête de Dieu qui mène à la contemplation extatique, je trouve ses vers magnifiques même si ma lecture ne poursuit pas la même quête spirituelle. Certaines formulations   annoncent la poésie moderne et contemporaine, un Gérard de Nerval, un Verlaine, un Baudelaire ... Intéressant, pour moi,  en ce que toute recherche mystique renvoie à une réflexion sur la condition humaine. 

Claude Hopil, gravure de Thomas de Leu

Entre 1628 et 1629, il écrit Les divins élancements d'amour exprimés en cent cantiques faits en l'honneur de la Trinité. Il écrit également d'autres ouvrages, Méditations sur le Cantique des Cantiques, Les Oeuvres chrétiennes  et Les doux vols de l'âme amoureuse de Jésus, etc.


Je copie (en attendant mieux) quelques poèmes du Cantique  et des sonnets, en français modernisé. 

CANTIQUE  XI

Qu'est-ce donc que je vois?
Quelle vision pure!
Je vois le Créateur, en lui la créature,
Je vois le rien en Dieu, l'être qui l'être pâme,
Si l'un me fait mourir, l'autre ravit mon âme
Dans son souverain bien.

Je vois le néant simple en la nature belle.
Quel prodige! Un néant du néant se révèle
En moi par le péché;
Mais si sortant de moi j'élève au ciel la vue,
Je vois le Dieu de Dieu, dans une claire nue
Le Soleil est caché.

Tirez un peu le voile, Ô gardien céleste,
Afin que comme amour mon Dieu se manifeste,
Non comme vérité;
Je ne sais que je dis, l'amour, la sapience
Avec la vérité sont une même essence
Dedans la Trinité.

Hé! qu'est-ce que vois? Je ne vois nulle chose;
Si fait, je vois un tout; l'effet ne voit la cause,
Ha! j'ai perdu l'esprit;
Hé! qui ne le perdrait devant cet Être immense
Dans lequel l'Ange trouve en sainte défaillance
La vie en Jésus-Christ ?

CANTIQUE XXX

Du rien je m'achemine aux pieds de Jésus-Christ,
Des pieds à son côté où je reçois l'esprit
Qui fait parvenir l'homme à la divine bouche;
On jouit en ce lieu d'une si grande paix
Que la sainte âme veut demeurer à jamais
Dans cette heureuse couche.

Ô beau lit de l'époux plein d'oeillets et de lys!
N'êtes-vous pas de Dieu le très doux Paradis ?
Dans ce lit à mi-jour sommeille la sainte âme,
Elle y dort, elle y veille, et tandis qu'elle y dort,
L'époux veillant pour elle, au baiser de la mort
Ravie elle se pâme.

Le Père vient en elle et lui donne un baiser
De la bouche du verbe, et la vient épouser,
Le feu du Saint-Esprit l'enflamme et la dévore
En respirant sur elle; en ce lit non pareil
Voyant trois purs rayons elle adore un soleil
Qui reluit sans aurore.

Dans le pur orient du firmament de Dieu
Luit un midi de gloire, en ce lieu sur tout lieu, 
Midi qui sans changer toujours midi demeure;
Qui ne voudrait mourir pour vivre en ce séjour? 
Ô mon Dieu, pour vous voir, faites donc que d'amour
En extase je meure.

CANTIQUE LII

Solitaire hauteur, sainte horreur ravissante,
Silence glorieux,
Beau sein des Séraphins, ombre resplendissante
Douce mort de nos yeux,
Extase des esprits, jusqu'à vous ma pensée
Ne peut être élancée.

Je connais par la foi que vous êtes Dieu même
Qui ne peut être vu,
De nos pures clartés un seul rayon suprême
Ayant l'âme entrevu,
En un petit moment il se change en nuage
Dans le mystique ombrage.

L'oeil de l'entendement par la main de mon Ange
Etant fermé, je vois
Par celui de l'amour un objet qui ne change,
Et soudain j'en vois trois,
Je dis trois purs rayons au soleil qui m'embrase
Et me met en extase.

J'admire cet objet en cette prison noire
Dans le divin miroir,
Dieu me donne un esprit pour adorer sa gloire,
Non des yeux pour le voir,
Je l'aime purement, mon coeur en ce lieu sombre
voit son Soleil à l'ombre. 

CANTIQUE

Cache-toi, beau Soleil, je ne mérite pas
Entrevoir la lueur de ta face suprême,
Mais las! sans tes rayons tout périrait çà-bas,
Il faut donc que chétif je me cache moi-même.

Le lieu le plus secret d'un désert écarté,
L'ombrage pus obscur d'un antre plus sauvage,
rien ne peut déceler ma pâle iniquité,
Au vice ayant donné mon âme pour otage.

Ce soleil des esprits qui pénètre dans nous
Des yeux va traversant le plus épais ténèbre,
Qui couvre son offense augmente son courroux,
Seigneur, vois les cachots de mon âme funèbre.

Ce ne sont rien qu'égouts que mon coeur ulcéré
Distille en mes esprits pour infecter mon âme,
Déjà l'espoir en eux s'en allait expirer,
Si tu ne m'eus touché d'un rayon de la flamme.

Ton esprit me voyant empêtré dans la mort,
Puissant, a menacé Satan de le détruire
Mon âme a repris coeur, et veut, à cet effort,
Sous le joug de tes lois heureuse se réduire.

Elle fait mille voeux de combattre Satan,
De ne manquer jamais de foi ni de courage,
De renoncer au monde, à ce mortel autan, 
Qui donne l'âme en proie au vicieux orage.

Puissent tous mes pensers ancrer fidèlement
Au saint port de vertu, où mon espoir sommeille,
Afin que si mon corps s'endort au monument,
Aux cieux resplendissants mon âme se réveille. 

SONNET


Ceux qui nagent à gré, au courant des délices
De ce monde orageux, inconstant et mouvant,
Se gavent de ceux-ci, qu'un impétueux vent
Pousse au seuil des rochers, voisins des précipices.

Ceux-là, bouffis d'orgueil, font gloire de leurs vices,
Servent à leurs désirs, vont les bons poursuivant
Pour les rendre confus, malins les décevant
Par leur fausse imposture et leurs vains artifices.

De même qu'un tyran, du sommet d'une tour,
Se plaît à regarder un lion  à l'entour
D'un esclave chétif, qu'il étreint et déchire,

Ces tigres animés, qui ont le bras puissant, 
Devant Dieu font ainsi démembrer l'innocent,
Mais ils seront un jour le sujet de son ire.

SONNET  XXIX

Que le monde est constant en instabilité,
Si l'on jouit d'une aise, au moins de l'apparence,
Tantôt le sort muable en tranche l'espérance,
Et tout est envieux de la félicité.

Or j'étais dédaigné de la feinte beauté
Qui, par mille tourments, a prouvé ma constance,
Ores, de mes douleurs, elle prend connaissance,
Puis volage se rit de mon infirmité.

Hélas! tous les malheurs sont le même assurance
Et l'espoir, ici-bas, l'ombre d'une espérance,
Qui, vaine, se présente et trompe nos malheurs:

L'heur de monde, et d'amour, est une joie amère,
Car le monde n'est rien qu'un enfer de misère,
Et l'amour en effet qu'un monde de douleurs. 


Claude HOPIL, (1580 - 1633), mentionne sur les couvertures de ses livres, qu'il est "parisien". Il est de famille bourgeoise, parisienne. Son arrière grand père, Wolfgang HOPYL, originaire des Pays-Bas, s'installe en tant qu'imprimeur, à Paris, en 1489.  Son père était marchand, vendeur de poisson frais  et ses frères financiers, spécialisés dans le fermage des gabelles...   Lire d'autres éléments ici.

dimanche 2 décembre 2018

"Les Indes Galantes", Jean-Baptiste Rameau, Clément Cogitore


Je retrouve cette vidéo découverte au mois d'août 2018, dans une expo au musée d'art contemporain d' Aurillac.  Clément Cogitore fait se rencontrer la musique "Les Indes Galantes" de Jean-Baptiste Rameau (1728) et des danseurs de Krump, une danse Hip-Hop née dans les quartiers pauvres de Los Angeles dans les années 2000. Entre improvisations et chorégraphies, le geste symbolique dansé se substitue à la violence. 





Clément Cogitore parle de son projet, dans une vidéo:
https://www.youtube.com/watch?v=UMv4EyS08_g

samedi 1 décembre 2018

Apollinaire, 300 poèmes en temps de guerre, Claude Debon

Une  conférence de Claude Debon, salle Armand Lunel à la Cité du Livre à Aix-en-Provence, samedi 14 décembre 2018, "Guillaume Apollinaire, 300 poèmes en temps de guerre". Et un livre, Souvenirs sur Apollinaire, de Louise Faure-Favier, dans la collection les  Cahiers Rouges chez Grasset. 




Deux recueils d'Apollinaire contemporains de son engagement sous les drapeaux pendant la guerre de 14-18, Calligrammes (1918) et Poèmes à Lou (posthume 1947). 

Calligrammes, Poèmes de la Paix et de la Guerre  1913-1916.


"Chant de l'Honneur" (extrait)

Le poète


                        Je me souviens ce soir de ce drame indien
                        Le Chariot d'Enfant un voleur y survient 
                       Qui pense avant de faire un trou dans la muraille
                       Quelle forme il convient de donner à l'entaille
                       Afin que la beauté ne perde pas ses droits
                       Même au moment d'un crime 
                                                      Et nous aurions je crois
                       A l'instant de périr nous poètes nous hommes
                       Un souci de même ordre à la guerre où nous sommes

                       Mais ici comme ailleurs je le sais la beauté
                       N'est la plupart du temps que la simplicité
                       Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée
                       Etaient restés debout et la tête penchée
                       S'appuyant simplement contre le parapet

                       J'en vis quatre une fois qu'un même obus frappait
                       Ils restèrent longtemps ainsi morts et très crânes
                       Avec l'aspect penché de quatre tours pisanes

                       Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit
                       Dans les éboulements et la boue et le froid
                       Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture
                       Anxieux nous gardons la route de Tahure
         
                       J'ai plus que les trois coeurs des poulpes pour souffrir
                       Vos coeurs sont tous en moi je sens chaque blessure
                       O mes soldats souffrants ô blessés à mouriir

                       Cette nuit est si belle où la balle roucoule
                      Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule
                       Parfois une fusée illumine la nuit
                       C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit
                       La terre se lamente et comme une marée
                       Monte le flot chantant dans mon abri de craie
                       Séjour de l'insomnie incertaine maison
                       De l'Alerte la Mort et la Démangeaison

[...]

Engagé volontaire lors de la première guerre mondiale, Apollinaire fut blessé alors qu'il  lisait un numéro du Mercure de France, dans la tranchée de Berry-au-Bac, le 17 mars 1916. Un éclat de sharpnell vint frapper sa tête, au niveau de la tempe droite. Il était alors sous-lieutenant au 96e régiment d'infanterie.   Max Jacob lui avait prédit, lors d'une soirée où il pratiquait la chiromancie, qu'il aurait une vie courte et connaîtrait la gloire après sa mort.

Copie d'un autre poème qui évoque la blessure d'obus à la tête.

                                                           Tristesse d'une étoile

                       Une belle Minerve est l'enfant de ma tête
                       Une étoile de sang me couronne à jamais
                       La raison est au fond et le ciel est au faîte
                       Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais
  
                       C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire
                       Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé
                       mais le secret malheur qui nourrit mon délire
                       Est bien plus grand qu'une âme ait jamais celé

                       Et je porte avec moi cette ardente souffrance
                       Comme le ver luisant tient son corps enflammé
                       Comme au coeur du soldat il palpite le France
                       Et come au coeur du lys le pollen parfumé

Le recueil Calligramme a été publié au Mercure de France le 15 avril 1918.  Il est dédicacé "A la mémoire du plus ancien de mes camarades, René Dalize mort au Champ d'Honneur le 7 mai 1917".

Blessé dans les tranchées, Apollinaire, après deux opérations et une brève convalescence, a recommencé à  travailler, beaucoup, et à écrire des articles pour des  revues.  Il a contracté la grippe espagnole durant l'épidémie de 1918 et en est mort.  Par curiosité  j'ai parcouru quelques archives de journaux de novembre 1918, sur le site de la BNF, après le 9 novembre 1918 (date de la mort d'Apollinaire) et je n'ai pu constater qu'un silence presque total. Il est certain que la notoriété de Guillaume Apollinaire, n'était pas à l'époque, la même qu'aujourd'hui. Sur les pages accessibles, un seul article signé Orion, dans L'Action Française du 11/11/18.  Il faut dire que l'Armistice occupait les Unes de tous les journaux.  



"Guillaume Apollinaire qui s'était volontairement exposé au feu des batailles, vient de mourir victime de la grippe. En même temps que cruelle, la mort peut être folle. Guillaume Apollinaire avait mérité la croix de guerre en servant la France les armes à la main. Il avait été blessé sous Verdun. Le poète qui avait encore [...] sur des subtilités de l'art contemporain avait fait trois [...]  au [...] dans sa vie littéraire[...] On pouvait le rencontrer à la Bibliothèque nationale, qui étudiait le théâtre [...] au XVIIIe siècle; pour [...] son activité il [...] à la presse quotidienne et aux revues des contes, des chroniques  des notes avec d'excellente prose traditionnelle, portant la marque d'un esprit précis: enfin  à sa manière rare et parfois déroutante, il servait les Muses. Un des derniers écrits de sa main aura été dans le Mercure de France. Cette note sur l'Ode de la D... de la Marne  que l'Action Française citait l'autre jour.  Il n'est pas un écrivain de sa génération qui ne regrette sa perte. Il est mort le 9 novembre à six heures du soir".  

et cet autre article paru dans le journal Le Siècle, daté du 12 novembre 1918



Guillaume Apollinaire est mort en deux jours de la grippe espagnole . Les jeunes lettres françaises perdent en lui un poète d'une imagination fleurie et qui a écrit des vers fluides et purs. Il avait publié avant la guerre un recueil de poèmes, Alcools, un livre de prose, Hérésiarque & Cie, et divers ouvrages d'histoire et de critique.  En 1914, il s'engagea, fut artilleur puis, sur sa demande passa dans l'infanterie. Sous lieutenant, il fut grièvement blessé en Champagne et subit l'opération du trépan. Il avait la croix de guerre. Convalescent il fit paraître un recueil de contes, Le Poète assassiné, puis une plaquette de vers: Vitam Impendere Amors,  un livre de poèmes, enfin: Calligrammes, où son esprit hardi s'était plu à réaliser des audaces typographiques qui n'empêchaient pas la beauté limpide des vers. 


dimanche 25 novembre 2018

"One way glass", With Animals, Mark Lanegan & Duke Garwood


"One way glass",  Mark Lanegan & Duke Garwood, album With Animals sorti en août 2018 chez Heavenly Recordings.

"Ghost Stories", With Animals, Mark Lanegan & Duke Garwood



"Ghost Stories", Mark Lanegan & Duke Garwood, album With Animals,  Heavenly Recordings, août 2018

"Find love and let it kill you", CRAYON SUN (2018)



"Find love and let it kill you", Crayon Sun (Dave Reniers et Aldo Struyf),  album éponyme sorti le 1er novembre 2018, sur le label Waste My Records.

"Immortels", Alain Bashung



"Immortels", Alain Bashung, album posthume En Amont, sorti le 23 novembre 2018.
Le titre "Immortels" est écrit par Dominique A. , paru sur l'album La Musique,  2009